IMG_0323Pour se deplacer au Nepal, il n’y a pas 36 solutions. Soit vous avez la chance d’etre pilote, l’avion et l’helico etant les seuls moyens rapides de rejoindre les regions montagneuses du nord, soit vous etes marcheurs. On met de cote les plaines du Terai, la frontiere sud, une des rares regions ou les infrastructures sont suffisamment developpees pour permettre au chauffeur de bus et de taxis de vivre correctement. De notre cote, on est plutot du genre marcheurs. Et ca nous va bien si les montagnes himalayennes du nord sont coupees du monde par des cols que seuls mules, yacks et hommes peuvent franchir.

IMG_0401Nous reprenons donc le chemin que nous avions quitte en Inde, a quelques kilometres de la, apres un detour de plusieurs centaines de kilometres pour regler les formalites administratives. Christophe Tattu nous a rejoints et nous accompagne pour ces premiers jours sur terrain nouveau, avec comme projet fou pour la suite de franchir illegalement la frontiere chinoise et entrer au Tibet interdit (son blog : http://lechantdutibet.over-blog.fr/).


IMG_0365Le grand ouest nepalais, on nous en avait parle, et on a terriblement aime ! Avec le nouveau gouvernement a majorite maoiste et la "demission" du roi cet ete, les maoistes ne sont plus “rebelles” : finies les “taxes solidaires” prelevees aux touristes de passage... Aujourd’hui, le grand ouest nepalais est le paradis du trekkeur !!! Assoiffes de sommets, nous commencons par remonter au maximum au nord vers les hauts massifs en gravissant le Pather Rashi, col a 4500m si peu emprunte qu’on se demande toujours si on a pris le chemin principal ! Une ascension digne de Gollum, si vous voulez...

La descente sur la neige, Christophe s’en souviendra : une glissade de 15m, avec atterrissage sur la caillasse. Aie !


IMG_0423Astrid, c’est la traversee de torrent sur rochers geles qui lui donne des emotions fortes. Son visage percute un rocher a pleine vitesse, le sang coule a flot en deux secondes... Mais quand on vient a son secours, elle a deja retrouve tous ses esprits et entreprend la fin de la traversee... Elle est givree, cette soeur. Une chance que ce ne soit que la levre qui ait ete atteinte. On ne se voyait pas faire trois jours de marche avec un nez casse pour rejoindre la premiere route qui mene a l’hosto... Un incident qui se termine avec une bouche digne de Pamela Anderson ! Quant a moi, c’est la recherche du chemin qui mene a Chainpur qui me brisera le moral : on se perd sur des sentiers si petits et si raides qu’on se surprend a imiter les chamois pour les emprunter.

Bref, si on rajoute a ca le coup de blues de la soeurette qui n’a pas vu son Nico depuis deux mois et demi, c’est pas gagne. Et quand on decide de se reposer dans une ville pour reprendre notre souffle, on se paie douze heures de bus sur la pire route du Nepal pour une distance de 80 bornes (vive la marche a pied ; ca va aussi vite et c’est plus confortable !). Le trio est sur les rotule ; ca commence plutot rude. Mais c’est sans compter sur l’accueil exceptionnel que l’on recoit des locaux. Ca motive plus que tout et ca nous donne la peche pour reprendre la route. Christophe, le vaillant toujours en tete, ecourtera son periple ; la marche a pied en solitaire, ca n’est pas facile et quand on voit les frayeurs qu’on a eu recemment, on se dit qu’on etait pas trop de trois pour se serrer les coudes !!!

Chemin


Enfer et damnation cependant, notre trajet a pied sera interrompu : pas moyen qu’on se retape 12h de bus dans l’autre sens. On accepte de couper le fil, mais dans ce cas, pour la peine, on fait plus long, ok ? Reposes, nous rechaussons nos grolles le jour de l’anniversaire d’Astrid au sud du Khaptad National Park, et c’est un nouveau depart. Impossible de se perdre, ici ; les chemins sont si evidents qu’il faudrait etre miro pour les louper. Dans le Khaptad, a part un chevreuil et un renard, nous ne croiserons personne. Pas la peine de baver, on a beau leur courir apres, on n’aura meme pas reussi a les attraper pour les cuisiner !


FoinSur les hauteurs, le foret dense se degage et nous offre une vue magnifique sur les sommets alentours. Nous jubilons. Et quand il faut redescendre du plateau du Khaptad pour reprendre (enfin !) la direction de l’est, nous croisons toujours quelqu’un poste la au bon moment pour nous indiquer notre route. C’est bien fait, quand meme, hein ? Village apres village, nous tracons, heureux de croiser tant de monde, meme si nous ne depasserons pas les 3000m d’altitude pendant quelque temps... La vie grouille, ici. Les champs sont beches une nouvelle fois pour une ultime semence avant l’hiver, le foin est ramene au bercail a dos de femmes et enfants, et on fait les provisions de bois pour l’hiver. Les cultures ? Haricots, riz et pommes de terre, evidemment, pour l’irremplacable Dhal-Bhat-Tharkari midi et soir. Egalement du mais et du ble pour la farine, ainsi que de la moutarde pour faire de l’huile. Le lait est local bien sur, et la laine est filee a la mano des qu’on a un peu de temps a tuer. La vie serait presque autarcique s’il ne fallait pas revendre sa production de cannabis pour gagner quelques roupies afin de s’acheter vetements, chaussures ou medicaments. Bref, la vie est simple, mais heureuse.

Et nous dans tout ca ? Et bien nous baignons la-dedans, satisfaits, coupes du monde pendant ces quelques semaines. Car si ca ne repose pas les papattes tous les jours de traverser l’Himalaya, ca repose au moins l’esprit !

Texte rédigé par Alex et mis en ligne par Nico