Surfant_sur_la_vague7 jours ? 15 jours ? Comme d’habitude, nous n’avons aucune idee du temps qu’il nous faudra pour parcourir cette derniere ligne droite avant Pokhara. Nous avancons a notre allure, un point c’est tout. Et faut-il que l’odeur des restos touristiques soit parvenu jusqu’a nos narines, ou peut-etre qu’Astrid soit pressee de retrouver son Nico, pour que l’on ne s’attarde pas dans ces montagnes…

Ca reprend rude : le Jangla La nous fait grimper de 2500m a Plateaula sortie de Dunai. Brrr… Retour au froid, aux torrents de glace qui barrent notre route, et aux bains geles. Entre deux cols a plus de 4500m, nous plantons la tente a l’abri d’un petit mur de pierres, en priant pour que les nuages du soir ne precipitent pas un metre de peuf pendant la nuit : sur ce haut plateau desert et magnifique, il faudrait bien chercher pour trouver un loueur de raquettes a neige. Pas de soucis : fidele a lui-meme, le ciel nepalais sera une fois de plus bleu au petit matin…

Lac_geleDans la vallee suivante, nous subissons les habituels aleas de notre carte peu precise… Entre gorges interminables et cols non signales, on a vraiment l’impression de ne pas avancer. Qu'a cela ne tienne, ca nous permet de profiter pleinement des chaines de montagnes alentours. Dhaulagiri (8000m), Putha Hyunchuli (7250m), Gurja Himal (7200m) : nous sommes perdus dans un décor de fous !

Peu avant de trouver un camp pour le soir, je tends l’oreille : un leger bruit a quelquMontee_glacialees metres du chemin que nous suivons a flan de montagne. Un oiseau ? Non. Je marque une pause d’une demi-seconde, et au moment de repartir, deux enormes "musk deers" (genre de gros chevreuils) surgissent en trombe d’un buisson qui domine le sentier. Ils sont emportes par leur elan et le precipice de la pente les amene a me froler d’un petit metre : j’en tombe sur le derriere. On s’amuse avec soeurette a nous imaginer le titre de l’article qui serait paru si je n’avais pas marque ce temps d’arret : “Assassinat animalier”, “Bouscule par sa viande favorite”, ou “Carambolage au Nepal”…

Au bout de cinq jours, notre chemin redescend dans un vallon rempli d’habitations. C’est l’heure du ravitaillement, nos estomacs vides hurlent ! Pourtant, malgre les dizaines de maisons, nous ne croisons personne… Le vallon Vallon_desertest desert. Les cabanes sont barricadees, les champs abandonnes, les shops vides, nos reves fous de manger un simple oeuf ou une orange aneantis. On se croit immerges dans un film cauchemardesque ou notre duo est le seul survivant d’un monde detruit. Dhorapatan, ville aeroport sur notre carte, nous redonne espoir : il y a de la vie ! Ca rechauffe le coeur de voir le monde bouger mais ca ne remplira pas notre ventre pour autant. Il faudra faire une croix sur l’orange et l’omelette, et se contenter de nouilles chinoises pendant encore quelques jours, quitte a les manger crues faute de petrole… Nous y apprenons que la plupart des habitants a deserte la vallee il y a quelques jours pour rejoindre une vallee adjacente, moins haute et donc au climat plus doux pour l’hiver. Les veinards…

A peine ralentis par cette petite frustration, notre estomac vide nous rendant un poil nerveux, nous reprenonFarniente_face_au_Dhaulagiris la marche, direction le Jalja La (3400m), a travers une foret de sapins. Un sanglier, que vraisemblablement nous n’effrayons pas le moins du monde, gambade quelque temps a nos cotes. Jolie compagnie. Peu avant le col, la foret se dissipe. Nous longeons la chaine des Dhaulagiri par le sud, et foncons droit sur les Annapurnas. Tous ces sommets s’offrent a nos yeux la-haut, nous redonnant un souffle nouveau. C’est fou comme dans ces moments la, on peut oublier tout petit tracas pour contempler pleinement ce décor exceptionnel. Nous sommes dans notreSourire_lumineux2 element.

Ressources, nous devalons la pente et salivons en chemin en faisant l’inventaire des detritus eparpilles sur notre sentier. Oh, un sachet de nouilles qu’on a jamais goutees ! Et la, un emballage de Snickers !!! On retrouve, a l’arrivee aux villages, les plaisirs les plus simples : un the sucre, une planche de bois qui fait office de lit, et meme… la fameuse orange tant convoitee !

A Dharapani, c’est la kermesse de l’ecole. Nous nous melons a la fete discretemeKermessent. Mais a cette saison, un Europeen a du mal a passer inapercu… En deux temps, trois mouvements, nous voila recouverts de colliers de fleurs, dansants sur scene sous une foule d’applaudissements !!! Des dizaines de Nepalais nous benissent par la puja hindoue, et nous passent autour du cou la fameuse echarpe blanche, en signe d’accueil. Que rever de mieux ? C’est ca, l’aventure au Nepal : les petits soucis sont vite oublies. Et les sourires et messages de bienvenue redonnent vite la peche !