03 février 2009
Sweet dreams
SDF au Nepal? Une condition que l'on supporte plutot bien depuis trois mois grace a l'hospitalite legendaire des montagnards. Nuits chez l'habitant, a l'"hotel" (version nepalaise SVP), en lodge, sous tente : les hebergements sont varies et les nuits plus ou moins confortables... En exclusivite, un echantillon de celles-ci pour vous donner une idee de nos conditions de vie du moment !
9 janvier, 18h. Apres cinq jours de fouille dans les montagnes, nous sommes de
retour a notre point de depart. Il faut se rendre a l'evidence : nos competences en orientation s'arretent la ou commence la jungle. Tout en ruminant cet echec cuisant, nous plantons la tente dans un champs, sous les regards curieux d'une ribambelle de bambins. Rien d'etonnant a cela, nous avons appris a nous faire a l'"effet alien". Tout le village voisin defile dans la joie et la bonne humeur, en poussant des "Oooooh !" de surprise a chaque objet sorti de notre sac (rechaud, filtre a eau, frontale, etc.). Une ambiance parfois un peu oppressante mais on se
prend vite au jeu. Pourtant, quelques brebis galeuses font partie de ce troupeau joyeux. Trois bambins d'une dizaine d'annees, clope au bec, ont decide de nous "mener la nuit dure"... C'est dans des moments pareils que l'on se rend compte a quel point l'abri procure par la tente est precaire. Le double-toit ne resistera pas aux assauts repetes de la graine de gredins : la tente s'en tire avec une dechirure de 20cm, et nous, avec une rogne pas possible qui nous tiendra en eveil toute la nuit... On vous rassure, nous avons ete bien plus souvent accueillis a coup de dal-bhat (le plat national) qu'a force de cailloux !
15 janvier. Aujourd'hui, nous dormons a l'hotel. A nous la room with attached bathroom alors? Euh non,
petite precision : "hotel" en nepalais, ca veut juste dire "lieu ou l'on peut manger". C'est a dire une petite piece en terre battue, une tente, ou trois bouts de tole ondulee... Ici, c'est le rez-de-chaussee d'une petite maison rigolote habitee par une famille sympa. En guise de douche, ca sera l'unique fontaine du village, situee en plein milieu du chemin. Et, autant les femmes du coin se lavent dans l'indifference generale, autant j'ai du mal a passer inapercue. C'est flatteur, certes, mais ca ne facilite pas la toilette ;-). La famille Karki, aux petits oignons, nous propose de dormir par terre dans le couloir et ca nous convient parfaitement. Leur enthousiasme a nous satisfaire est touchant, l'odeur du pop-corn (la gourmandise nepalaise) nous chatouille les narines et nos trois mots de nepali ravissent tout le village. Personne ne parle anglais ici, donc les discussions sont limitees, mais ca ne
nous empeche pas de piquer de bons fou-rires, notamment lorsque les femmes de la maison me derobent de la creme pour s'en tartiner le visage ou lorsque les enfants essayent mes lunettes de soleil... La nuit est delicieusement calme et l'on s'eveille en meme temps que la maisonnee, a 5h du matin, alors que la mere de famille prepare deja le the (ou plutot une sorte d'infusion a base de plantes car le the est cher ici !). Le pere, lui, en bon Nepalais, reste au plumard encore une bonne heure et hurle des ordres depuis sa chambre. C'est a base de "femme, monte-moi de l'eau chaude"... Bref, le feminisme a encore du chemin a faire au Nepal !
16 janvier, 17h. Journee marathon. Le soleil menace de disparaitre et nous ne savons toujours pas ou nous
allons dormir. Fourbus, nous lancons un n-ieme "savez-vous ou l'on peut trouver un endroit pour la nuit?" quand une femme avenante nous repond "bien sur, venez chez moi !". Dedale de sentiers au milieu des rizieres, on se laisse guider jusqu'a la ferme qui abrite toute la famille Sitoula, jusqu'a l'adorable arriere-grand-mere de 90 ans qui n'a de cesse de nous lancer de beaux sourires edentes. C'est Sunil, 11 ans, qui fait office d'interprete, Comme ses trois freres et soeurs, c'est un gamin brillantissime (trois ans d'avance a l'ecole, rien que ca...), curieux de tout, qui ne cache pas son plaisir de parler anglais avec nous. On s'assaille mutuellement de questions, et, en quelques heures, on en apprendra
plus sur la culture nepalaise qu'en trois mois de peregrination. Nous sommes traites comme des rois : on nous offre la meilleure chambre (au-dessus de l'etable) et le meilleur dal-bhat qui nous ait ete donne de manger au Nepal. Nous nous endormons comme des bienheureux dans des draps qui fleurent bon la lessive (luxe supreme au Nepal)... A l'aube, un bon the au lait de buffalo nous attend, et Sunil nous supplie de rester encore un peu, le temps de preparer le dal-bhat du matin. On cede bien sur, et pour fete ca, un coq est sacrifie ! C'est Alex qui est charge de la mise a mort, pour le
plus grand malheur de la pooovre bete (a la decharge du frerot, ce n'est pas evident de guillotiner une volaille avec une faux, mal aiguisee qui plus est...). Bref, on n'en finit plus de bien manger et de papoter. 10h, il est temps de reprendre la route. Comme d'habitude, nous ne savons pas comment remercier cette generosite totalement desinteressee. Les deux mamies-gateaux n'ont qu'une requete. C'est les yeux plein de larmes qu'elles nous lancent un "vous ne nous oublierez pas, hein?". Ca ne risque pas !!!
17 janvier, 16h. Quelque 800 metres plus haut et 4 litres de sueur plus tard... Une charmante petite vieille accepte de nous heberger pour la nuit dans son minuscule shop/hotel : une piece de 3m2, une etagere avec quelques sachets de noodles, des cigarettes et des bonbons, un atre et des gamelles, de la terre battue soigneusement balayee en guide matelas. Parfait ! C'est sans compter sur la voisine de 16 ans qui se rue sur moi pour m'inviter a dormir chez elle. Elle insiste tellement que nous cedons, sans comprendre cet attachement soudain. En fait, ce qui me semblait un geste desinteresse se transforme vite en cauchemar... Nous nous retrouvons dans un taudis ou vivote une famille de 5 enfants dans la crasse la plus totale. On nous demande des "paisas" pour remplacer tout ce qui ne va pas dans la maison (c'est-a-dire tout). Et l'on commet la plus grosse erreur du periple : on cede et l'on achete entre autres des piles neuves pour la radio.
[La, je marque une pause pour vous demandez si un ORL pourrait m'expliquer comment l'etre humain peut supporter - et pire, apprecier - la "musique" nepalaise (horriblement stridente, abominablement monotone, terriblement cacophonique) diffusee sur des postes radios que l'on a envie d'appeler transistors tellement le son est difforme, nasillard et gresillant... Car, depuis que nous sommes au Nepal, nos oreilles - deja bien entamees par les concerts d'aboiements nocturnes et la notion d'"espace vital" tres relative ici - crient grace face a ces aggressions repetees...]
L'unique lit de la maison est attribue a Alex, la maman et les trois derniers s'entassent dans la cuisine,
tandis que je partage le balcon avec Sajina et sa soeur. Quand je comprends qu'elle veut que je partage egalement son edredon crasseux, je blemis. Dans la penombre, je distingue sans peine les taches qui ornent un drap qui fut blanc un jour lointain, et l'odeur atroce qui s'en degage n'est pas la pour me rassurer... Toute la nuit durant, j'entends les deux filles se gratter jusqu'au sang tandis que j'imagine les poux qui doivent se faire un festin entre nos cheveux meles. [j'ai deja attrape trois fois des puces au Nepal, et ca ne restera pas mon meilleur sou
venir...] Les pets, les rots et les rats rythment la nuit. Les WC? C'est simple, il suffit de faire un pas dehors et de s'accroupir ! Une epouvantable odeur d'urine et de merde entoure la maison. Aujourd'hui, lecon de choses : le duo apprend la signification du mot "insalubrite"... A 4h du matin,Sajina allume la sacro-sainte radio et la pose gentiment a cote de mes tympans. Je craque. Je rejoins Alex tout aussi eveille que moi, et en deux temps trois mouvements, on plie bagages a la lueur de nos frontales. Pour une fois, nous ne marchons pas pour decouvrir mais pour fuir !
24 janvier, 16h. Grosse journee dans les pattes. Nous marchons depuis quelques jours dans le parc du
Langtang et l'on savoure le confort des lodges qui poussent comme des champignons sur ce parcours ultra-touristique. Comme nous sommes en plein hiver, il n'y a pas un chat. Aujourd'hui, c'est un petit bonhomme de treize ans, Bire, qui nous accueille dans l'unique lodge ouvert du coin. Incredules, nous nous attendons a voir apparaitre son pere ou sa mere
a chaque instant... Mais du haut de son metre trente, Bire s'occupe de tout : couper le bois, allumer le poele, aller chercher l'eau a quelques centaines de metres de la, nettoyer, cuisiner, etc. Avec ses trois mots d'anglais, il nous explique qu'il n'a pas eu de touristes ces derniers jours... Il a donc dormi seul dans cette bicoque en bois situee a 3600m d'altitude et ou le vent rugit toute la nuit a en faire trembler plus d'un ! Ca c'est de la graine de debrouillard...
La liste est longue, alors on vous epargnera toutes ces anecdotes qui font de notre periple une aventure inoubliable... Malgre quelques tres rares exceptions, l'accueil est une notion si naturelle au Nepal qu'on se prend parfois a craindre le pire a notre retour en France... Comment ca, on ne peut pas debarquer a l'improviste chez vous, sac au dos ?
Astrid
Pour ceux que ca interesse, il y a de nouveaux albums photos en ligne !!!
Commentaires
oulalalla faudra ecrire un livre les enfants c'est trepidant...attention aux bebetes...hahhaha
beaux souvenirs en perspective...
Allez z'avez pas fini d'en voir d'autres courage
caroline
Récits de toutes beautés
Merci de vous faire partager autant d'anecdotes. J'en lis une tous les soirs avant de m'endormir, pour rêver un peu...
ben si!
ben si vous pouvez débarquer à liège en belgique quand vous voulez avec le sac à dos!!!!
L'accueil ne sera peut-être pas aussi disponible qu'un petit népalais, mais vous aurez le couvert et le logement avec plaisir!!!
bizzz et bonne route bonjour aux paysages et aux gens d'ici
raf
Encore...
quelles belles histoires... encore encore... pormis vous serez accueillit chez nous à coup de rhum et de carry dans l'assiette!!! biz
philosophie
Entre l'accueil royal de la famille Sitoula et l'insalubrité de celle de Sajina, faut-il en conclure qu'il fallait faire le bon choix ou simplement prendre la vie avec philosophie, avec ce qu'elle réserve de génial et de détestable, sachant que l'on passe invariablement de l'un à l'autre en tous points du globe et jusque dans nos maisons ?
La tente résistera-t-elle jusqu'au bout ?
Bon vent les p'tits chous !
quel courage!
vous êtes les bienvenus à toulouse, avec ou sans sac à dos, avec ou sans tente, pas de balcon chez nous, vous dormirez sous un toit ! quant aux insectes, poux et autres...ça ne dépend que de vous hihihi!
je retiens l'histoire de Bire...on va voir si je peux montrer à Lucas très tôt comment faire la cuisine et s'occuper de la maison!
bises et bonne route,
manu, marcos et lucas
Comment !? Le duo s'est perdu au Népal ? Impossible ! Alex doit manquer de musique disco... Allez courage, la ligne d'arrivée approche.
Un Dhal-bat franc-comtois attend le duo à son retour: saucisse de morteau-patates-cancoillote-salade ! C.T
eh ben oui je vois que vous êtes toujours sur les routes népalaises avec tout ce que cela comporte de surprises bonnes et mauvaises mais quelle richesse, quelles leçons de vie et d'humilité. Grace à vous je me remémore mon propre passage dans ce pays avec tous ces gens accueillants et si pauvres parfois. Même si ça peut être galère parfois, ce que vous vivez est tout bonnement génial.
Gros bisous à tous les deux
chochotes
eh ben alors on fait les difficiles maintenant !
quand on dit partager les chaleurs animales par temps de grand froid c'est entre être humain et ... non humain.
Malheureusement pour vous même avec ces récits "atroces" alors que de notre coté nous devons affronter des clients féroces et exigeants malgré leur vie dorée
vous nous faites quand même envie !!!
(bon d'accord depuis 1 semaine on a aussi du affronter 1m de neige fraiche en tout et ça c'était plutôt facile !)
J'essaye de faire un petit pas vers vous cette semaine, je suis à coté de bombay (poona) là je retrouve mes clients préférés : ils sont contents quand ça marche !!! la simplicité voila une qualité qui se fait rare !!!
Profitez encore à fond de leur fraicheur d'esprit
et de cette façon de vivre que nous autres "face de craie" avons remisé depuis trop longtemps !
Un voyage intérieur lors d'un voyage féérique.
question duquel sera t il le plus difficile de revenir ?
bon j'arrête ma philo a deux balles (c'est 2h du mat ici !) on se retrouve
en mai à chamonix et ça sera super simple comme d'hab DRE DANS LE PENTU !!!!
vous pouvez venir quand vous voulez dans notre modeste demeure, nous y mettrons qq bestioles rampantes pour faciliter votre acclimatation progressive !!
Grosses bises à tous les 2 de la famille FAEDDA
enjoy your life !!
ben alors les enfants plus de news? faut qu'on reve....bisous
carolien
d'accord avec caroline !
des news !!!
A+
Hello le duo,
je vois que ça brille toujours sur vos cimes, ça fait plaizir!
bon et j'ai beau être à Lyon city, vous débarquez quand vous voulez, il y a toujours des litres de whisky à la coloc ;o))
BiZ
Chloé
eh les flemards!
Salut cousins,
dites donc, un post par mois, c'est pas folichons, chaque jour, fidele comme un bon toutou, je vais aux nouvelles. Et rien de nouveaux!! Allez un petit efforts pour ceux qui ont du rentrer... et qui ont besoin de se reevader,
a bientot donc,
ludo
Bienvenus chez moi !
Alex et Astrid,
ça fait vraiment trop longtemps qu'on vous a pas vus.
Alors n'hésitez pas à mettre à l'épreuve notre fameux sens de l'accueil parisien (!). Vous êtes les bienvenus à la maison (Rue Louis Blanc, Paris X : 06 78 02 83 78)
Gros bisous
Nico (PS : je suis même pas jaloux parce que je vais au ski ce WE, Na !)
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