Pas facile dQuitter_l_Evereste quitter la region de l'Everest. Meme si on ne dit pas non au fait de gagner quelques degres en laissant ces hautes vallees desertes et glaciales, le pays des Sherpas nous colle a la peau. Pourtant, le chemin qui nous emmene en direction de l'est nepalais est lui aussi plein de surprises.

A la sortie de Namche Bazar, nous nous efforcons a ne pas trop suer sous le poids de nos petits sacs a dos confortables de 20kg maxi quand on croise les dizaines de porteurs surcharges montant vers la ville. La plupart viennent de Jiri, a huit jours de marche, charges de plus Porteursde 100kg de vivres, quincaillerie, alcools ou vetements destines au rassemblement hebdomadaire du coin : le marche de Namche. Plies sous la charge, ils s'efforcent tant bien que mal a faire plus de 50m sans poser leur fardeau sur leur tokma (une petite canne de bois qui ne les quitte pas). A taille adulte, ces solides gaillards depassent rarement les 1m50 !!! Certains transportent des morceaux de carcasse de buffalo, tue quelques jours plus tot dans les basses vallees. En passant a cote d'eux, ca pue la viande avariee : au Nepal, on n'a pas de mal a se declarer vegetariens...

La premiere halte du soir, nous la faisons a Surke pour repondre a l'invitation de Marc Surkeet Adrien, deux Francais rencontres quelques jours plus tot dans les montagnes. Envoyes par l'association Solitrek (www.solitrek.org), ils developpent avec les locaux la culture en serres de legumes pour les vendre a Namche. Quand on les avait rencontre a Gokyo, ils nous avaient promis une degustation de tchang et de raksi, les alcools locaux... Ils sont francais, donc ils savent comment nous convaincre facilement les gaillards !!!

Par pur hasard, nous debarquons le jour du Nouvel An sherpa. Tout le village est rassemblePetit_gars pour faire la fete, boire, discuter, danser ou chanter. Nous sommes accueillis comme des rois par la communaute, et en quelques minutes, nous nous retrouvons comme tout le monde a taper le rythme de la "Sherpa Dance". Si certains feront la fete jusqu'a l'aube, nous ne tiendrons pas aussi longtemps. A 23h, enivres par la musique sherpa, heureux de ces derniers instants de partage dans la region de l'Everest et etourdis par notre consommation de tchang, nous tombons dans nos plumards chez Karma, notre hote pour ce soir. C'est avec des Little_bergerpieds de plomb que nous quittons Surke le lendemain matin ; sur le chemin qui passe au milieu du hameau, sourires et messages d'adieu de la part de ceux avec qui on a echange trois mots ou parfois un simple regad pendant la fete. Ultime symbole de reconnaissance, un petit gars que nous avions eu sur les genoux la veille nous offre... devinez quoi : un bonbon. Si ca n'est pas le monde a l'envers, ici... J'ai envie de hurler "Give me sweet" a tous les gamins que je croise !

En quittant le chemin Jiri-Namche, l'autoroute touristique de la region de l'Everest,Namaste nous nous immergeons dans la culture Rai, et le Nepal 100% pur jus. Les dix jours de marche qui nous separent de Taplejung, ville au plus pres de la frontiere indienne, nous replongent dans le grand ouest nepalais : simplicite, curiosite, accueil, the autour du foyer... Tout y est ! Les enfants qui aAu_milieu_des_feuillesccourent devant l'appareil photo ou la camera nous font des "Namaste" aussi sinceres que leurs sourires. Nous echangeons quelques mots de nepalais, qu'au bout de cinq mois on finit enfin par comprendre un petit peu. Ici, la pauvrete est visible a chaque coup d'oeil, mais on sent que les Rais ne s'en preoccupent guere : ils VIVENT, et c'est ca qui compte.

Plus nous avancons vers l'est, plus nous descendons. Il fait chaud, mais Astrid retrouve petit a petit l'usage de ses doigts - c'est quand meme plus classe pourMaison_Rai le retour. A moins que Bibendum soit de nouveau a la mode chez nous ? A 300m d'altitude, il fait si bon la nuit comme le jour que certaines maisons n'ont que deux murs sur quatre. Non Astrid, ca n'est pas encore la Thailande... Par contre, c'est bel est bien l'arrivee du printemps. Entre les rhododendrons, les magnolias et les tapis de fleurs, on ne sait plus ou poser les yeux. On chante, du coup. "Des magnoliaaaas, par centai-ai-ai-nes...". Ne me dites pas que vous ne connaissez pas...

Plus tres loin de la frontiere indienne, on a beau avoir derriere nous cinq bonnes semaines de marche avec Tongmaseulement deux jours de repos (Astriiiiiid, quand c'est qu'on arrete de couriiiiiir ?), on se sent pousser des ailes. La culture indienne n'est plus tres loin. Les chapatis reapparaissent, et le vocabulaire hindi revient dans les conversations : on y est presque ! Lorsque nous arrivons a Taplejung - qui n'a d'interessant que sa Tongma (sorte de biere a base de millet servie dans un gros bambou et que l'on boit a la paille) - nous n'avons qu'une hate, c'est rejoindre la ville de Gangtok, au Sikkim, pour nous reposer quelques temps avant notre derniere marche vers le Kangchenjunga.

Mais le Nepal refuse de nous laisser partir. C'est la greve generale. Tous les transporTraverser_l_Himalayats sont bloques, et nous n'avons d'autres choix que d'attendre gentiment que les evenements se calment. Au fait : quand on cumule les jours feries nationaux, les festivals locaux, les greves, les evenements particuliers, les samedis chomes ou les mariages et anniversaires du grand tonton de mon beauf, je suis sur que les travailleurs nepalais auraient moyen de se trouver dix mois de vacances dans l'annee. Et en dix mois, qu'est-ce-qu'on pourrait faire ? Et ben, on peut traverser l'Himalaya a pied, pardi !

Un joPetite_fille_Raiur plus tard, nous bouclons finalement nos sacs et quittons Taplejung en bus en direction du sud. Le bus est plus que rempli - la faute a la greve de la veille. Nous partageons nos places avec des enfants ou des petits vieux qui n'ont plus de dent (pas besoin de dent pour boire la Tongma !). Des heures de rodeo sur une route carrossable, sans pouvoir remuer un orteil parce qu'on est ecrase par ses voisins, vous avez deja fait ? Un truc a vous faire aimer la marche a pied... Au bout de 16h de transport, nous sommes quasiment a la frontiere. Nous nous effoBusndrons quelques heures sur les plumards du premier hotel de bord de route venu, quand on toque a la porte. 4h du mat', bordel ! Qu'est ce qu'on nous veut encore ? La greve reprend aujourd'hui. Et le dernier bus pour la frontiere part dans dix minutes. Nous fourrons nos affaires en vrac dans nos sacs et courons : nous attrapons le bus in extremis. Apres cinq mois de vadrouille exceptionnelle dans les montagnes nepalaises, notre route vers le Sikkim ressemble plus a une fuite qu'a un bel adieu au SourireNepal !!!

Quoi qu'il en soit, ca ne sera pas cette ultime course contre la montre dans les transports nepalais qu'on retiendra. Les montagnes, l'accueil legendaire nepalais, les sourires, les bons Dal-Bhat-Tarkhari, ou la Tongma locale, c'est ca qui nous fera revenir !

Alex