25 mars 2009
Bye bye Nepal
Pas facile d
e quitter la region de l'Everest. Meme si on ne dit pas non au fait de gagner quelques degres en laissant ces hautes vallees desertes et glaciales, le pays des Sherpas nous colle a la peau. Pourtant, le chemin qui nous emmene en direction de l'est nepalais est lui aussi plein de surprises.
A la sortie de Namche Bazar, nous nous efforcons a ne pas trop suer sous le poids de nos petits sacs a dos confortables de 20kg maxi quand on croise les dizaines de porteurs surcharges montant vers la ville. La plupart viennent de Jiri, a huit jours de marche, charges de plus
de 100kg de vivres, quincaillerie, alcools ou vetements destines au rassemblement hebdomadaire du coin : le marche de Namche. Plies sous la charge, ils s'efforcent tant bien que mal a faire plus de 50m sans poser leur fardeau sur leur tokma (une petite canne de bois qui ne les quitte pas). A taille adulte, ces solides gaillards depassent rarement les 1m50 !!! Certains transportent des morceaux de carcasse de buffalo, tue quelques jours plus tot dans les basses vallees. En passant a cote d'eux, ca pue la viande avariee : au Nepal, on n'a pas de mal a se declarer vegetariens...
La premiere halte du soir, nous la faisons a Surke pour repondre a l'invitation de Marc
et Adrien, deux Francais rencontres quelques jours plus tot dans les montagnes. Envoyes par l'association Solitrek (www.solitrek.org), ils developpent avec les locaux la culture en serres de legumes pour les vendre a Namche. Quand on les avait rencontre a Gokyo, ils nous avaient promis une degustation de tchang et de raksi, les alcools locaux... Ils sont francais, donc ils savent comment nous convaincre facilement les gaillards !!!
Par pur hasard, nous debarquons le jour du Nouvel An sherpa. Tout le village est rassemble
pour faire la fete, boire, discuter, danser ou chanter. Nous sommes accueillis comme des rois par la communaute, et en quelques minutes, nous nous retrouvons comme tout le monde a taper le rythme de la "Sherpa Dance". Si certains feront la fete jusqu'a l'aube, nous ne tiendrons pas aussi longtemps. A 23h, enivres par la musique sherpa, heureux de ces derniers instants de partage dans la region de l'Everest et etourdis par notre consommation de tchang, nous tombons dans nos plumards chez Karma, notre hote pour ce soir. C'est avec des
pieds de plomb que nous quittons Surke le lendemain matin ; sur le chemin qui passe au milieu du hameau, sourires et messages d'adieu de la part de ceux avec qui on a echange trois mots ou parfois un simple regad pendant la fete. Ultime symbole de reconnaissance, un petit gars que nous avions eu sur les genoux la veille nous offre... devinez quoi : un bonbon. Si ca n'est pas le monde a l'envers, ici... J'ai envie de hurler "Give me sweet" a tous les gamins que je croise !
En quittant le chemin Jiri-Namche, l'autoroute touristique de la region de l'Everest,
nous nous immergeons dans la culture Rai, et le Nepal 100% pur jus. Les dix jours de marche qui nous separent de Taplejung, ville au plus pres de la frontiere indienne, nous replongent dans le grand ouest nepalais : simplicite, curiosite, accueil, the autour du foyer... Tout y est ! Les enfants qui a
ccourent devant l'appareil photo ou la camera nous font des "Namaste" aussi sinceres que leurs sourires. Nous echangeons quelques mots de nepalais, qu'au bout de cinq mois on finit enfin par comprendre un petit peu. Ici, la pauvrete est visible a chaque coup d'oeil, mais on sent que les Rais ne s'en preoccupent guere : ils VIVENT, et c'est ca qui compte.
Plus nous avancons vers l'est, plus nous descendons. Il fait chaud, mais Astrid retrouve petit a petit l'usage de ses doigts - c'est quand meme plus classe pour
le retour. A moins que Bibendum soit de nouveau a la mode chez nous ? A 300m d'altitude, il fait si bon la nuit comme le jour que certaines maisons n'ont que deux murs sur quatre. Non Astrid, ca n'est pas encore la Thailande... Par contre, c'est bel est bien l'arrivee du printemps. Entre les rhododendrons, les magnolias et les tapis de fleurs, on ne sait plus ou poser les yeux. On chante, du coup. "Des magnoliaaaas, par centai-ai-ai-nes...". Ne me dites pas que vous ne connaissez pas...
Plus tres loin de la frontiere indienne, on a beau avoir derriere nous cinq bonnes semaines de marche avec
seulement deux jours de repos (Astriiiiiid, quand c'est qu'on arrete de couriiiiiir ?), on se sent pousser des ailes. La culture indienne n'est plus tres loin. Les chapatis reapparaissent, et le vocabulaire hindi revient dans les conversations : on y est presque ! Lorsque nous arrivons a Taplejung - qui n'a d'interessant que sa Tongma (sorte de biere a base de millet servie dans un gros bambou et que l'on boit a la paille) - nous n'avons qu'une hate, c'est rejoindre la ville de Gangtok, au Sikkim, pour nous reposer quelques temps avant notre derniere marche vers le Kangchenjunga.
Mais le Nepal refuse de nous laisser partir. C'est la greve generale. Tous les transpor
ts sont bloques, et nous n'avons d'autres choix que d'attendre gentiment que les evenements se calment. Au fait : quand on cumule les jours feries nationaux, les festivals locaux, les greves, les evenements particuliers, les samedis chomes ou les mariages et anniversaires du grand tonton de mon beauf, je suis sur que les travailleurs nepalais auraient moyen de se trouver dix mois de vacances dans l'annee. Et en dix mois, qu'est-ce-qu'on pourrait faire ? Et ben, on peut traverser l'Himalaya a pied, pardi !
Un jo
ur plus tard, nous bouclons finalement nos sacs et quittons Taplejung en bus en direction du sud. Le bus est plus que rempli - la faute a la greve de la veille. Nous partageons nos places avec des enfants ou des petits vieux qui n'ont plus de dent (pas besoin de dent pour boire la Tongma !). Des heures de rodeo sur une route carrossable, sans pouvoir remuer un orteil parce qu'on est ecrase par ses voisins, vous avez deja fait ? Un truc a vous faire aimer la marche a pied... Au bout de 16h de transport, nous sommes quasiment a la frontiere. Nous nous effo
ndrons quelques heures sur les plumards du premier hotel de bord de route venu, quand on toque a la porte. 4h du mat', bordel ! Qu'est ce qu'on nous veut encore ? La greve reprend aujourd'hui. Et le dernier bus pour la frontiere part dans dix minutes. Nous fourrons nos affaires en vrac dans nos sacs et courons : nous attrapons le bus in extremis. Apres cinq mois de vadrouille exceptionnelle dans les montagnes nepalaises, notre route vers le Sikkim ressemble plus a une fuite qu'a un bel adieu au
Nepal !!!
Quoi qu'il en soit, ca ne sera pas cette ultime course contre la montre dans les transports nepalais qu'on retiendra. Les montagnes, l'accueil legendaire nepalais, les sourires, les bons Dal-Bhat-Tarkhari, ou la Tongma locale, c'est ca qui nous fera revenir !
Alex
14 mars 2009
For Everest
4 fevrier. Apres une semaine d'attente a Katmandou, visa indien en poche, nous reprenons le compte des kilometres. Notre mission : rejoindre la ville de Jiri, point de depart des sentiers pour le toit du monde, en evitant au maximum le bitume. Pari reussi ! En attendant de crapahuter sur les traces de Sir Edmund Hillary, nous traversons de gigantesques forets de pins qui feraient un chouette terrain de jeux pour un ultratrail, une course d'orientation, ou meme - pour vous prouv
er qu'on n'est pas mono-maniaques - une petite promenade dominicale avec le toutou...Le probleme dans cette region de l'Himalaya, c'est que les montagnes ont pousse n'importe comment ! Au lieu de nous offrir de larges vallees a longer, pepere, c'est comme si toutes les montagnes avaient decide de nous barrer la route... Du coup, on arrete le compteur des kilometres - trop deprimant - pour brancher celui du denivele : +2000, -1500, +1800... Il n'y a pas photo, cette pause a Katmandou nous a fait du bien.
A Jiri, le
compteur s'enraye : le facteur "tourista" entre dans la danse ! Merde, huit mois de marche en Inde et au Nepal et je ne suis toujours pas immunisee??? Il faut dire que ces derniers temps, nous avons creche dans des lieux qui feraient de bons clients pour une inspection sanitaire... Trois jours durant, Alex me traine litteralement sur les chemins. Puis, au detour d'un virage, nous apercevons enfin l'Everest : la guerison est instantanee. Nous courons desormais, impatients d'arriver a Namche Bazar, au coeur des montagnes, les vraies, celles qui flirtent avec le ciel !
Namche, c'est un peu Disneyland a la montagne... C'est a celui qui construira le lodge le plus
gros et le plus colore ! Nous sommes a 3400m d'altitude, a une semaine de marche de la premiere route, et pourtant, on trouve absolument tout ici, pourvu que l'on soit pret a payer le prix fort. En vrac : internet, boulangerie, machine a espresso, lave-linge, billards... On a cherche la grande roue mais on ne l'a pas trouvee, ca ne saurait tarder je suis sure ! Ici, 50% des lodges affichent leurs prix en dollars. Euh, et pour les fauches qui payent en roupies, c'est par ou??? Une journee de repos dans cet endroit delirant, puis nous nous ruons vers les hauteurs.
Nous choisissons d'instinct la destination la plus sauvage de la region : ouverte au tourisme depuis 2002 seulement, la vallee de Thame est un veritable bijou relativement preserve par la folie contagieuse de Namche. A part quelques yacks et un himalayan tahr (sorte de bouquetin), personne ne vient troubler le calme de ces lieux enchanteurs. Nous marchons toute la journee d'un pas leger au milieu de sommets magnifiques. A quelques encablures de la, le Tibet nous tend les bras... (petite pensee pour Christophe !). Mais, boudeurs, nous l
ui tournons le dos pour nous diriger vers les alpages de Nungden (4300m) ou nous comptons planter la tente. Des rafales de vent nous assaillent, et les temperatures se font plus hivernales. Par chance, nous tombons sur Nawang qui vient verifier que sa bicoque survit a la tornade. Au lieu de redescendre sur Thame comme prevu, il nous accueille dans son minuscu
le lodge ou l'on apprecie de pouvoir se rechauffer les mimines au coin du poele. Il s'excuse de ne pouvoir nous offrir qu'un peu de riz et un maigre dal, mais nous sommes combles ! Toute la nuit, le vent souffle avec une telle violence que je n'ose imaginer l'etat de la tente (et de ses occupants) si Nawang avait decide de nous laisser nous depatouiller...
Le lendemain matin, le ciel s'est bien couvert mais ne semble pas menacant. Nous partons de bonne heure en
direction du Renjo La (5300m), un col sublime et etonnament bien trace : quoi, il y a des GR au Nepal??? Malgre les nuages, la vue qui s'offre a nous est incroyable... Et ce n'est que le premier d'une longue serie de points de vue a 360 ! De l'autre cote du col, c'est Gokyo et le magnifique lac de Dudh Pokhari qui nous tendent les bras. Nous decidons d'y passer une journee pour explorer les environs. Et on n'est pas decus ! En
remontant la vallee glaciaire vers le nord, nous decouvrons un panorama sublime sur trois 8000 - le Cho Oyu, l'Everest et le Lhotse - et un paquet de jolis 7000. Le ciel est d'un bleu qui vaut bien celui du Queyras (clin d'oeil a Yann...), meme si le vent, lui, a decide de rester squatter un peu. C'est la premiere fois que nous passons la journee sans notre maison sur le dos et nous sommes atteints par la folie des hauteurs ! On se sent legers et invincibles, prets a gravir le premier sommet qui passe. De vrais drogues en manque qui auraient recu leur kilo de pure...
Nous finissons la journee par l'ascension du Gokyo Ri (5350m) pour y contempler le couch
er de soleil sur l'Everest. Indescriptible. Meme les photos ne rendent pas le dixieme de la magie du moment. Nous redescendons a Gokyo dans l'obscurite, en hurlant a tue-tete notre bonheur,
courant a moitie pour se rechauffer. Un veritable show dont les etoiles seront les seuls temoins... Puis nous partons en direction de la vallee de l'Everest, avec un passage de col qui s'annonce delicat. Le Cho La (5400m) a mauvaise reputation dans le coin. Il faut dire qu'il en impose : de loin, il ressemble a une muraille de caillasses totalement i
nfranchissable. On en vient pourtant a bout, pour decouvrir un joli glacier de l'autre cote. Rien d'engageant, juste le bonheur de faire quelques pas sur la glace dans un univers de haute-montagne, miam... Brigitte, une Francaise qui nous accompagne pour la journee, n'est pas vraiment de cet avis : "mais il est ou le chemin?". On finit par arriver dans le petit lodge de Dzongla en fin d'apres-midi, ou nous attend encore une nouvelle surprise : la face nord du Cholatse, qui nous domine de toute sa hauteur. Une vraie forteresse !
Puis c'est au tour de Gorak Shep de nous montrer de quoi il est capable. A 5100 metres d'altitude, ce sont les derniers lodges avant l'Everest... L'ascension du Kala Pattar ("la montagne noire", 5550m) s'avere eprouvante car le vent refuse de nous laisser tranquilles. On est saoules, pas besoin d'alcool ici ! Le spectacle que nous offre l'Everest est pourtant inoubliable... Mais alors, c'est beau partout ici me direz-vous? Et bien la reponse est "oui !". Dans le Sagarmatha National Park, a chaque pas, on en prend plein la vue.
Le lendemain, c'est au tour du camp de base de l'Everest. Nous avons beaucoup hesite a y aller, car on nous avait pas tres bien vendu la chose... "Ce n'est qu'un bout de moraine d'ou on ne voit meme pas l'Everest!".
C'est vrai. Mais nous, on a la tete remplie de recits incroyables sur l'Everest, et nous nous prenons a rever en imaginant les tentes qui s'installeront la dans quelques semaines, remplies d'alpinistes fievreux. Au vu de la temperature actuelle et des rafales de vent qui balaient le glacier, je ne les envie pas plus que ca finalement ;-) Meme si l'Everest ne daigne pas se montrer, le spectacle que nous offre le cirque n'en est pas moins impressionnant : le glacier est bleu turquoise et nous sommes cernes par des pics enneiges.
La porte de sortie, c'est le Kongma La, un col facile a 5560m d'altitude, que l'on a quand meme un peu de mal a gravir car la fatigue commence a se faire sentir : l'angine couve, nos mains ont triple de volume a force de tenter de resister au froid, et ce vent qui ne faiblit toujours pas ! Mais la vallee de Chukkung que nous decouvrons de l'autre cote du col nous fait oublier tous nos petits malheurs... Cette fois, place a la majestueuse face nord de l'Ama Dablam ! Nous nous recha
uffons tant bien que mal dans un petit lodge glacial. Le lendemain, nous repartons pour l'ascension de notre dernier sommet : le Chukkung Ri (5550m d'altitude) que l'on atteint en 1h15 (je crois qu'on est bons niveau acclimatation la...). Au sommet, on se permet une derniere overdose de beaux paysages avant de redescendre tout schuss vers des altitudes ou les temperatures sont plus clementes. Apres ces neuf jours passes autour de 5000 metres d'altitude, dans le vent et le froid, nous sommes heureux de retrouver Namche et son confort ! Marco et Kim, deux Canadiens bien sympas rencontres dans les hauteurs, partagent notre joie. Eux ont trouve le remede : ils partent pour les plages thailandaises pour se remettre. Euh, Alex qu'est ce qu'on fout en Himalaya en plein hiver ???
Astrid
Desoles pour notre silence de ces derniers temps mais l'est nepalais est plus repute pour sa Tongma (alcool local) que pour ses connexions internet... Alex vous mijote un petit recit pour la suite, patience !









