22 octobre 2008
Indian style !
Le style indien ? Apres 140 jours de marche dans les montagnes indiennes, on pourrait en ecrire des bouquins entiers. Mais on va essayer de faire court, promis. On vous reserve le plus pittoresque et le plus croustillant : la creme de la creme. Et si on n'est pas trop du genre a faire des generalites, il y a, dans les regions que nous avons traverses au rythme de nos petits petons, un style indiscutable qui nous a marque. Curiosite, accueil, proprete (ou pas...), boulots atypiques... Vous savez ce que ca donne, la version indienne ?
Il est 5h. Ouvrez les yeux, vous etes en Inde. A cette heure, tout le petit monde est debout. Ou plutot accroupi dans cette position qui nous est totalement inconfortable, mais si naturelle chez un Indien : le
derriere sur les talons et les pieds nus parfaitement a plat. Seuls les paysans travaillent deja - la terre humide est plus facile a labourer au matin. Les autres jouent aux cartes, boivent le tchai ou papotent. Il faut bien occuper son temps. Tu crois qu'ils le prendraient mal si on leur suggere de dormir plus longtemps ? A 8h, c'est l'heure de se rendre au boulot. Les plus courageux marchent plus de deux heures sur des chemins de montagne pour rejoindre la ville. On relativise nos efforts quotidiens : pas de quoi craner a faire la traversee de l'Himalaya a pied !
Les ouvriers qui travaillent sur les routes ou sur les chantiers de construction sont generalement ceux qui triment le plus. Pour 120 roupies par jour (un peu moins de deux euros), ils bossent
10h a casser des cailloux, porter des charges de 40kg ou risquer leur vie a chaque pas sur des echaffaudages de bambou. Les chanceux sont ceux qui decrochent des boulots de fonctionnaires : c'est beaucoup moins fatiguant de buller avec ses dix collegues a la poste avec comme seule occupation quotidienne le tamponnage de cinq lettres nationales. Et ne me demandez pas d'envoyer un colis a l'international : ca monopolise tout le monde pendant une heure. Un qui dit, un qui ecrit, un qui tamponne et les autres qui regardent...Le terme productivite existe-t-il en hindi ? En tout cas, il n'est jamais utilise dans ces administrations. A Askot, il aura fallu une heure et demi pour remplir des formulaires et les faire signer par les "autorites responsables" pour decrocher une simple chambre dans la Guest House du gouvernement ! On est fiers d'avoir occupe leur apres-midi, pour une fois. La palme revient neanmoins aux paramilitaires. Chez nous, on
a souvent l'image du type costaud, crane rase qu'on aurait peur de regarder en face. Ici, il fait environ un metre cinquante, cinquante kilos tout mouille et perd definitivement toute credibilite quand, accompagne de son petit arrosoir rose et main dans la main avec son collegue (pas de mauvais esprit : c'est commun en Inde), il donne a boire aux plantes autour du logis du capitaine. Et quand il vous voit passer sur le chemin pendant sa marche au pas, il vous lache un grand sourire, stoppe son activite et prend des photos avec vous !!!
Car les Indiens sont curieux, on ne nous fera pas dire le contraire. Les enfants d'abord. C'est generalement les premiers a venir a notre rencontre, suivis de pres par tout le reste de la famille. Tiens ? Des Occidentaux qui vagabondent dans les montagnes. Si tu as assez de roupies pour prendre une jeep pour aller au Nepal, pourquoi tu marches ? Et la, on ne va pas rentrer dans des explications interminables : parce qu'on aime marcher, c'est tout. Pas facile de parler du plaisir de randonner a ceux qui utilisent les sentiers pour les besoins vitaux de toute la famille : aller aux champs, transporter les vivres ou rejoindre la ville. Une serie de questions recurrentes fusent quand on installe notre camp a proximite d'un village.
D'ou tu viens ? Ou tu vas ? Comment tu t'appelles ? Meme dans l'alpage le plus isole, il y a toujours quelqu'un pour s'asseoir a nos cotes et taper la discute. Beaucoup moins drole quand le type est collant et bourre (ou les deux !). Moi, a 21h, apres une bonne journee de marche, je ne papote pas. Je dors ! Les moments les plus rigolos sont les lectures de cartes. A peine depliees, tout le monde accourt pour y situer son village et y lire le nom des lieux-dits voisins. Ils sont encore vingt autour de notre carte, Astrid. Il va falloir que tu fasses une diversion pour que je la recupere et qu'on s'enfuie en courant !
La curiosite indienne, elle aurait ete etouffante si elle n'etait pas accompagnee des nombreux temoignages d'attention que les Indiens ont a notre egard. Combien de fois avons-nous eu des portes ouvertes a notre passage, une invitation a boire le tchai ou a dormir chez ceux a qui on a simplement demande notre chemin ? Et c'est dans les villages les plus pauvres et les plus isoles qu'on a recu l'accueil le plus desinteresse. A Tikk par exemple, village quasi-autarcique d'une vallee de l'Uttaranchal, c'est au moment de cuire notre riz blanc du soir que deux petites filles nous ont apporte une assiette pleine de patates cuites. Oui, ca peut paraitre anodin, comme ca ; mais apres 10h de marche dans la jungle, ce village semble tout droit tombe du ciel !
Contrairement a l'accueil des peuples des montagnes, celui des villes est nettement moins enthousiaste. Premiere regle : ne pas croire les menus allechants et les panneaux publicitaires. Quand il y a marque "Pizzas" a l'entree d'un resto, ca veut juste dire que le cuistot en a deja mange, pas qu'il sait en faire ! Et dans la rubrique trucs-qui-marchent-pas, la medaille revient aux cyber cafes. Quand c'est ouvert, c'est-a-dire tous les 36 du mois (il y a toujours une bonne occasion pour fermer : festivals, dernier jour du mois, anniversaire de je-sais-pas-qui...), vous avez au choix : un ordi qui ne marche pas (tapez 1), une ligne telephonique occupee (tapez 2), ou une coupure de courant (tapez sur l'ordi). Combien de fois avons-nous entendu la phrase anglaise, mais qu'apparemment ici tout le monde connait : "This time, not available". Comme si un jour ca avait deja marche !
Et quand vient l'heure de trouver un petit hotel tranquille a l'ecart du bruit, ca se complique. A defaut d'avoir trouve un "Lake View Resort", c'est-a-dire une chambre qui donne sur un barrage et des poteaux electriques, ou un "Mountain View Palace", ou l'on distingue les montagnes du hublot de la salle de bain, on se rabat sur le seul hotel qu'on a pu denicher : face a la gare routiere. Quarante bornes de marche par jour, ca fatigue, mais il faut voir les avantages. On ne fait plus attention au crachats de Betel (tabac a macher indien) sur les murs miteux, ni aux poubelles eparpillees sur le sol, ni a l'insalubrite des toilettes. Et si c'est vraiment repugnant, c'est generalement a ce moment-la qu'on tombe sur une coupure de courant... Une chambre degueulasse, de nuit, ca passe. On aurait presque bien dormi si on n'avait pas eu tous les quart d'heure un truc qui nous avait reveilles : chiens qui hurlent a la mort, types bourres qui crient devant la porte, voisins de pallier qui
se raclent la gorge pendant une heure, klaxons de bus a 4h du mat... C'etait quoi le nom de l'hotel, deja ? Ah oui, c'est vrai : "Morning Calme"...
Comme on vous le disait, on pourrait encore en ecrire des pages et des pages. Nos journaux intimes regorgent de petites anecdotes qui font de l'Inde que nous avons parcourue un pays hors du commun. Et comme cinq mois ne nous suffisent pas pour decouvrir toutes les subtilites du style indien, nous reviendrons. Au Sikkim cette fois. D'ici-la, a nous le "nepali style" !!!
21 octobre 2008
Derniers pas (de course) en Inde
Oui, je sais, ces derniers jours sur le sol indien ont plus ressemble a un ultratrail qu'a un trek, mais que voulez-vous, on ne peut pas s'en empecher : des que l'on voit une ligne d'arrivee, il faut que l'on se mette a courir... Il avait raison Coluche, qu'est ce que c'est con un sportif !!!
Pour la premiere partie du periple, le duo s'est transforme en trio avec l'arrivee de
Stefan, hollandais de son etat, rencontre dans les rues de Joshimath alors qu'il errait en quete de compagnons de trek. Il passe brillamment le test "je marche toute la journee avec le duo sous des trombes d'eau sans broncher", on l'adopte ! A defaut de pouvoir admirer les 7000 alentours, qui jouent a cache-cache avec les nuages, on se marre bien tous les trois et ca me fait un bien fou de tenir de vraies conversations en anglais (ca me change de mon hindi balbutiant et des blagues d'Alex ;-)
En Uttaranchal, vous l'aurez compris, il fait humide, tres humide, et chaud, tres chaud ! Nos sacs se transforment vite en sechoirs ambulants, la tente fuit, et nous, bah on a perdu tout espoir de marcher au sec depuis longtemps. Et dire qu'octobre est cense etre la meilleure periode pour trekker ici... Comme la meteo, la flore est changeante : on traverse jungle puis forets de pins, en passant par de magnifiques cultures en terrasses qui font d'excellents emplacements de camping... Cote faune, serpents et araignees doivent desormais partager leur territoire avec des leopards mangeurs d'hommes et des ours, gloups ! Bon, on vous rassure, on a uniquement vu des gens qui connaissaient des gens qui auraient vu ces bestioles la...
Heureusement, la gentillesse des habitants est inversement proportionnelle a l'hospitalite des lieux... A cause d'eux, on ne va plus pouvoir se plaindre de nos repas "100% riz blanc" ;-) Impossible de planter la tente quelque part sans qu'un village entier ne se
precipite pour nous faire un feu, nous proposer des patates bouillies ou du the... Et quand on leur demande pourquoi ils sont si gentils, ils nous repondent : "si je vais un jour dans ton pays, je compte sur la meme hospitalite de la part de tes compatriotes." Allez, au boulot les Frenchies, on a encore du pain sur la planche...
L
a ligne d'arrivee se profile a l'horizon, Nepal nous voila ! On accelere, on accelere, et toc nous voila a Askot, ville-frontiere ou l'on a rendez-vous avec... un peu de repos ! Pas de supporters (mais ou etiez-vous les amis???), pas d'applaudissements, juste le bonheur immense d'etre arrives au bout de cette premiere longue etape...
03 octobre 2008
La loi de la jungle
Nos premiers jours de marche sur la route de Gangotri ? Un vrai
desastre. C'est la mousson. Vous avez entendu parler de deux trekkeurs
chantant a tue-tete du Claude
Francois sous la pluie ? Et bien je vous
l'avoue, c'etait nous. C'est notre seule facon de garder la peche ! En Uttarakhand, l'eau est omnipresente sous
toutes ses formes : boue, pluie, torrents, humidite ambiante et sueur
de marcheurs. Le sol, incapable d'assimiler ces metres cubes d'eau
tombes du ciel, se transforme en veritable bourbier ou pousse une
jungle impressionnante. Les forets sont si denses qu'il nous semble
impossible de perdre notre chemin, seul espace degage de vegetation.
Dans cet ecosysteme, sur le chemin sacre qui relie les sources du
Gange, nous croisons quelques c
ompagnons : serpents, singes, araignees
enormes, lezards et moustiques demesures... Ce seront les seuls pelerins
que nous renconterons !
Pourtant, malgre une meteo et un environnement peu clements, on sent
que la chance est avec nous : vous avez deja pris un bain dans
une source d'eau chaude apres un marathon sous la pluie et dans la boue
? Instant magique. Il vous est deja arrive de trouver refuge
dans une
bergerie la ou votre tente patauge dans 5cm de flotte ? Au milieu des
montagnes, ou il n'y a pas une ame qui vive, vous trouvez normal de
tomber sur un type qui vous aide a traverser le torrent le plus gros
que vous ayez jamais franchi ? On appelle ca la providence, et elle
nous suit depuis le debut du voyage.
Puis, du jour au lendemain, grand ciel bleu. A 8h du matin, on
suffoque deja sous le soleil ecrasant, mais c'est un vrai bonheur de
marcher sur un terrain sec. Nous en
profitons pour ouvrir un peu plus
les yeux et pour echanger quelques mots ou un simple sourire,
accompagnes d'un "Namaste !" avec les habitants de l'Uttarakhand. Ici,
tout ce qui n'est pas falaise est etage en rizieres parfaitement
horizontales. Nous tombons pile au moment de la recolte et il n'est pas
rare que nous croisions un paysan courbe sous le poids de sa moisson.
Au bercail, les femmes frappent ensuite la plante sechee pour en
extraire le riz, et pour finir, les Memes (grands-peres) et Mattadjis (grands-meres) trient chaque grain avec mi
nutie : une veritable entreprise familiale !
La proximite des sources du Gange nous permet de decouvrir egalement
un peu mieux la culture hindoue. Des dizaines de temples jonchent notre
parcours, gardes le plus souvent
par un saddhu qui fume plus de shilam
(sorte de pipe remplie de resine de cannabis) qu'il ne mange de riz. Et
quand on lui offre des fruits secs ou quelques roupies, il saute sur
l'occasion pour nous en proposer. Mais nous, on est en Inde pour
prendre un petit bol d'air, par pour y voir des elephants roses !
La bouffee d'oxygene, ca aura ete l'expression de ces quelques jours
: on n'hesite pas a se payer de bonnes journees. 45km par-ci, 2000m de
denivele par-la... A croire qu'on est presses d'arriver au Nepal. Il
faut dire qu'on a du r
allonger notre route puisque le dernier col
(Kalindi Khal - a 6000m d'altitude quand meme !) est enseveli sous la
neige. Avec tout ce qu'il a flotte, on n'a pas de mal a le
croire... Il n'empeche,
quand on arrive en ville, on n'a qu'une seule hate : c'est quitter la
pollution et le bruit et reprendre le chemin des cimes... On ne nous
changera pas !
19 septembre 2008
Retour aux sources...
L'Uttaranchal ne veut pas de nous. C'est la conclusion a laquelle on est arrives apres cinq jours d'errance dans la sublime vallee de la Baspa, a la recherche du col qui nous ferait basculer du pays des pommes a celui des sources du Gange... Mais avec un peu d'obstination et beaucoup de chance, nous avons enfin reussi a y poser le pied ! C'est vrai que jusqu'a maintenant, nul obstacle ne s'etait dresse sur notre route. Il fallait bien que ca commence un jour ! Et la, on a ete particulierement gates...
Depuis la Baspa Valley, il existe une multitude de cols qui permettent d'entrer en Uttaranchal. Une bande d'abrutis - euh pardon, je voulais dire de paramilitaires un peu trop zeles - nous a refuse l'acces aux deux cols les plus interessants, le Lamkhaga et le Borasu Pass, trop proches de la frontiere chinoise. Le suivant sur la liste est perche a 5700 metres d'altitude et, vu les precipitations de ces derniers jours, on doute de pouvoir le franchir sans Moonboots... Qu'a cela ne tienne, nous optons pour le Shinka Pass, situe entre 4600 et 5100 metres d'altitude selon les cartes (ca vous donne une idee de la precision de notre outil de travail !!!). Mais apres plusieurs tentatives ratees, nous
nous rendons a l'evidence : nous sommes face a une barriere de montagnes infranchissable. Et si col il y a, il faut quelques broches a glace et des piolets-traction pour y acceder... Pas facile de prendre la decision de revenir sur ses pas apres trois jours d'ascension ! Heureusement la vallee etait absolument magnifique (on se console comme on peut...).
Retour a la case depart donc, un peu penauds tout de meme. Notre unique chance de passer desormais, c'est le Rupin Pass, un col archi frequente qui nous oblige a faire un detour de quinze jours, limitant ainsi nos
espoirs d'arriver a la frontiere nepalaise avant l'expiration de nos visas... On commence a l'avoir mauvaise ! Mais la chance en Inde, c'est un peu comme la meteo, ca tourne vite ! Alors que nous errons, deprimes, dans les rues de Sangla a la recherche d'une idee brillante, nous croisons un convoi militaire qui se rend a Chitkul, dernier village avant la frontiere chinoise. L'officier, le commandant Singh, un jeune type tres sympa, nous explique que sa mission est de se rendre au Lamkhaga Pass, celui-la meme dont l'acces nous a ete refuse quelques jours plus tot ! Nous lui confions nos deboires et il nous annonce solennellement : "pas de probleme, je vous y emmene, vous etes desormais sous ma responsabilite". Waouh !
Le depart est fixe a 6h le lendemain matin. On passe une nuit difficile, d'autant que nous avons recroise l'un des paramilitaires qui nous avaient refuse l'acces au col la semaine passee. Il nous assure qu'on ne nous laissera pas passer au check-post, meme avec l'aide des militaires... Il propose de nous faire passer en fraude, mais son plan nous parait vraiment foireux, on prefere faire confiance au commandant Singh. On n'a pas envie de finir en taule pour un col hein ! Bien nous en prend, c
ar le commandant en impose : au check-post, tout le monde est aux petits soins pour nous, alors qu'on nous avait renvoyes comme des malpropres quelques jours auparavant. Nous jubilons...
Et la scene se reproduit a chaque CP que nous croisons : Singh raconte moults balivernes pour nous faire passer. On devient ainsi de celebres journalistes ultra-presses de se rendre en Uttaranchal pour communiquer des news importantes a notre boss... Hum ! Les paysages sont magnifiques, la meteo est parfaite, on est seuls au monde (
bon ok, suivis de pres par les militaires...), bref l'ascension au col se passe dans les conditions ideales. La descente de l'autre cote est tout aussi magique, meme si l'on commence a stresser pour le CP qui nous attend a Harsil, en bas de la vallee. Les militaires ont fait demi-tour, il va falloir qu'on negocie sec... Mais la chance nous poursuit ! On passe le check-post sans souci, le type devait dormir derriere son comptoir... 
Bref, tout est bien dans le meilleur des mondes possibles : on a rejoint Gangotri en quatre jours au lieu de vingt, on a passe les mechants la tete haute et on s'est balades seuls dans un decor de fou. Prochaine etape, trouver un chemin pour la suite : pas facile, on vient de nous interdire le permis pour cause de meteo desastreuse !!! Ca recommence...
18 septembre 2008
Breves du Kinnaur...
(Encore un peu de retard dans nos posts... Mais on en vient a bout ! Ce post date de deux semaines...)
“Mangez des pommes !” Si notre Chichi national avait vecu en Himachal Pradesh, il aurait ete comble. Ici, c’est le verger de l’Inde. Des centaines de cartons de pommes, noix, abricots et amandes traversent les vallees par monte-charges pour rejoinder la premiere route au plus vite. Les ramasseurs nous lancent des pommes tous les km, pour le plus grand plaisir de nos estomacs affames... Ou bien on tend les bras pour en decrocher une !
Du haut du Pin-Bhaba Pass, on quitte l’aridite du Spiti pour basculer dans
la verdure du Kinnaur : rupture brutale. Nous n’avions pas vu de prairies verdoyantes depuis trois mois ! Le décor est digne des plus belles vallees suisses : on est aux anges ; pas de bol, on n’y trouve ni emmental, ni chocolat…
Un etrange animal sur quatre pattes suit notre progression depuis cinq jours. Plume - c’est comme ca qu’on a nomme ce petit toutou nomade - decouvre pour la premiere fois l’univers humide et les forets de sapins. A six mois environ, elle nous a suivi avec fidelite, n’hesitant pas a affronter le froid et la pluie, et surtout sans broncher du maigre regime alimentaire que nous lui offrons. Une compagnie peu contraignante !!!
A Kuppa, quelques kilometres avant Sangla, nous faisons une halte en bord de route pour notre dejeuner quotidien quand un saddhu nous interpelle pour partager le tchai. Gardien du temple hindou, ce menu personage vit des offrandes des fideles en passant sa journee a fumer les plantes locales, sources de meditation. Selon lui. Chacun son truc finalement : nous, c’est dans la marche qu’on a trouve notre inspiration !
06 septembre 2008
Vamos à Kaza
(Ce texte commence deja a dater, mais c'est que les connections haut debit, ils ne connaissent pas ici ! On vous le livre donc avec 10 jours de retard...)
Tandis que Nico et Alexis enumerent, sur le chemin du retour, les nombreux kilos perdus, le duo reprend le compte des kilo(metres) avales...
Nous sommes donc repartis le 21 aout des plages de reve du lac Tsomoriri, pour plonger plein sud vers l'Himachal Pradesh et ses vallees verdoyantes... Comment ca, je bluffe???
C'est avec des sacs de pres de 20 kg que nous avons quitte Korzok, six jours d'autonomie sur le dos, en prevision de cette veritable "traversee du desert" ou l'on nous avait predit aucune ame qui vive... Bizarre, non? dans un pays de pres d'un milliard d'habitants... Faut-il que les conditions soient rudes pour que l'on n'y rencontre aucun nomade...
Nous commencons par longer le magnifique lac Tsomoriri dont les eaux limpides nous tende
nt les bras... Plouf ! Et c'est parti pour quelques brasses a 4600 m d'altitude. Malheureusement, on ne peut pas s'eterniser dans l'eau glaciale. Pourtant, avec nos bains quotidiens - parfois forces - dans les torrents geles, ca n'est pas l'entrainement qui nous manque !
Au petit matin, nous croisons un chouette troupeau de Kiangs (sorte de chevaux sauvages) qui nous offrent un ballet fascinant. Puis, c'est la debacle : deux jours de pluie, a suivre une ancienne vallee glaciaire quasi plate sur un chemin qui ressemble plus a un tas de galets qu'a un beau GR... La caillasse et la flotte finissent par user notre moral en meme temps que le cuir de nos godasses ! Heureusement, la faune qui nous entoure nous distrait de cette progression ereintante : zabra (petits mulots en general tres curieux de savoir ce que font des touristes sur leur territoire), marmottes ladakhies (les memes que chez nous, mais encore plus malicieuses), bharals (sorte de bouquetins, en un peu plus hautain...), etc. Ca galope sous nos yeux !
Enfin, le col approche, le sourire revient et avec lui le soleil... C'est pas qu'on n'aime pas manger sous le
auvent de la tente, mais diner au milieu des 6000 sous le ciel etoile, c'est quand meme plus classe ! D'autant que depuis le debut du trek, nous avons des compagnons de voyage bien sympas : une bonne bande de Suisses et un couple de Tcheques (moyenne d'age : 25 ans). Et c'est avec Peter, Carolina, Camille, Francois, Antoine, Philippe, Jonas et Baptiste que l'on a partage le diner du camp de base du Parang La, sous un soleil couchant splendide. Enfin, quand je dis "partager"... C'est plutot les Suisses qui nous ont prouve qu'ils connaissaient le sens du mot. Bizarrement, notre menu soupe-riz blanc ne faisait pas vraiment d'emules... Et c'est parti pour une corvee d'oignons au pied du glacier ! Inoubliable...
Aye, c'est enfin le matin du grand jour. On va enfin pouvoir grimper ! Ce n'est pas pour faire du plat qu'on est venus en Himalaya... Direction le Parang La, 5600 metres d'altitude. Le glacier qui y mene est facile d'acces, mais quand on croise un troupeau de vaches mene par un Indien juche sur une mule, il y a de quoi etre surpris ! Les vaches derapent pitoyablement dans la descente, et c'est souvent sur l'arriere-train qu'elles finissent leur course... Quant a Alex, grise par l'altitude, il nous la joue petit rat de l'opera...
L'arrivee au col marque notre entree en Himachal Pradesh, le pays de la pomme ! En
fait de pommiers, c'est une rude descente dans la caillasse qui nous attend... 1200 m de denivele plus bas (et deux genoux en moins...), on rejoint une splendide gorge qui nous revele quelques surprises de parcours, notamment un petit pas d'escalade au-dessus du torrent (bon ok, c'est du 3, mais avec un sac de 20 kg dans le dos et un rocher bien pourri...).
Les quelques kilometres qui nous separent de Kibber sont vite avales, meme si une erreur de parcours nous fait decouvrir de chouettes falaises ou seuls les oiseaux osent s'aventurer... Car apres le Ladakh, tres bien couvert par les cartes Olizane, nous voici retournes du cote obscur des cartes Leomann (au 1/200 000, dessinees a la main, sans lignes de niveau). Un vrai bonheur pour Alex, THE specialist de l'orientation sur cartes IGN au 1/5 000...
A Kibber, notre premiere confrontation avec la civilisation apres six
jours de marche se passe plutot bien, surtout pour nos pauvres petits estomacs reduits a l'etat de noisettes : on s'empiffre comme seuls peuvent le faire deux Bazaille affames (malheureusement, il n'y avait pas de pinard...). La derniere journee de marche jusqu'a Kaza, via le magnifique monastere de Ki, est d'autant plus aisee que la promesse d'une biere nous donne des ailes. Il n'a pas l'air heureux le frerot???
29 août 2008
Au Ladakh, il ne pleut jamais... Vieux proverbe Bazaillien
Après le super récit de Christelle et Alex sur le déroulement d’une semaine de trek avec les Bazailles, à notre tour de vous raconter ce qu’est un mois de trek au Ladahk avec les Bazailles... une fois Christelle et Alex partis! Notre objectif est simple: partir de Leh pour rejoindre le lac Tso Moriri, énorme lac naturel d’eau douce situé a environ 200 Km à vol d’oiseau. Comme cet objectif est trop simple pour des alpinistes comme nous…, nous avons ajouté quelques petites difficultés : l’ascension de sommets à 6000 mètresqui se trouvent par le pur des hasards sur notre chemin : le Stok Kangri (au début de notre trek), le Kang Yatse (au milieu) et les Mentoks (à la fin du trajet car on est sûrs que l’on ne sera toujours pas fatigués). La seule contrainte, faire ça en moins d’un mois car l’avion n’attendra pas!!!
Premier changement par rapport à l’ère Christelle et Alex : le poids du sac à dos. Entre le matos technique et la nourriture supplémentaire (et oui, plus question de s’arrêter manger midi et soir dans des petits restos...), nos sacs se sont un peu allourdis. Chacun de nous a plus de 15 Kg sur le dos... et encore on a limité nos envies en terme de nourriture. Nous nous limiterons au porridge le matin, nouilles chinoises le midi et riz le soir... Ce régime durera un mois! Hummmm trop bon.
On attaque donc le trek en direction du Stok. Le camp de base avancé est à 3 jours de Leh dans une région assez parcourue par les treks Nouvelles Frontieres, Allibert et autre… Bref on est pas tout seuls et on a le droit a notre "Camping Charge" tous les soirs! Et oui ici on paye le camping même en pleine montagne! A qui me direz vous? Eh bien au premier local qui a le courage de faire jusqu’à 15km aller et retour pour venir vous la demander!!! Nous avons quand même eu la chance de pouvoir profiter pleinement de la beauté et de la tranquillité du paysage au camp de base avancé qui était désert. Perchés à 5400 mètres, nous aurons le coucher de soleil pour nous tout seuls, ce qui a donné une saveur toute particulière à notre plat de riz... euh non pardon, plat de pâtes! C’était jour de fête et surtout veille d’ascension, nous avons donc sorti l’unique kg de pâtes de notre sac et du fromage de yack pour l’occasion. Ascension parfaite, sauf pour Alexis qui n’a pas bien digéré le fromage de yack séché au soleil (bon pour les papilles mais pas toujours pour l’estomac...). Quelle petite nature ! mais l’excitation de gravir un 6000 avec un lever de soleil qui vient illuminer les pentes de neige l’emportera sur l’intoxication alimentaire. Timing parfait, on est les premiers au sommet et le panorama est extraordinaire.
Mais bon un 6000, c’est pas grand chose pour un Bazaille! On repart donc après une petite sieste pour poursuivre notre trek. Ne voulant pas emprunter une vallée trop encombrée par les groupes, nous partons dans une vallée parallèle plus sauvage. Nous sommes accueillis comme des rois dans une magnifique petite bergerie, avec une salade de tomates et de concombres, que du bonheur. Cependant ça reste notre premier vrai repas depuis 5 jours! Dur dur le rythme Bazaille...
Nous rejoignons Nimaling, après avoir remonté un superbe canyon et franchi un col qui offrait une vue magnifique et bien méritée sur notre prochain sommet le Kang Yatse. Il faudra quelques négociations pour obtenir un jour de repos avant d’attaquer le sommet. L’ascension nous a déjà été contée en long et en large par Alex mais la magie de la montagne opère toujours et cette fois-ci personne n’est malade ! Que d’émotions au sommet…
Devant l’accueil décevant de la population locale à Nimaling, nous décidons de repartir le lendemain de l’ascension. Nous traversons une vallée interminable, il est 17 h, nous marchons depuis 8 h, aucun village à l’horizon et aucune source d’eau potable. Il faut poursuivre notre chemin. Après une heure de marche révoltée, la chance nous sourit. Nous arrivons dans une famille très accueillante qui nous sert dans la vaisselle des jours de fête et nous loge comme à l’hôtel. Ca fait trop plaisir... Avec un tel accueil, dur dur de repartir le lendemain mais Alex et Astrid nous vantent depuis des jours et des jours les nombreux Mac Do, Pizza Hut et autres supermarchés vendant de la vraie nourriture dans le prochain village de Rumtse. Après la dure journée d’hier, deux solutions pour atteindre ce village, celle d’Astrid et Alex en marchant (évidemment) sur la route et celle des faignants-tricheurs (devinez qui), en stop... L’avantage du stop c’est qu’on s’est rendu compte beaucoup plus vite qu’Astrid et Alex qu’il n’y avait rien à Rumste... ni Mac Do, ni Pizza Hut, ni supermarché. Tout juste un petit resto de routier et un shop ne possédant que du riz et des gâteaux secs... Comment ça, les Bazaille nous auraient menti ???
Le lac Tso Moriri n'est plus qu'à huit jours de marche, huit jours de désert où nos chances de trouver des maisons et des bergeries sont quasi nulles. Le sac plein a craquer de riz, nous attaquons cette dernière ligne droite sous un gros crachin breton. Pas une seule journée sans pluie, neige, vent ou autre grêle! Les après-midi sous la tente sont bien longues, notre seule activité étant la cuisson de notre délicieux riz au lait pour le lendemain matin. La motivation en prend un coup. Les cols sous la pluie se succèdent et les nuages jouent avec nos nerfs, nous obligeant à monter la tente le midi pour faire cuire notre Maggi Soupe. Nous ne sommes pas seuls à avoir cru qu’au Ladhak il fait toujours beau. Nous sympathisons avec un groupe de Français qui emprunte le même trajet avec une agence. Leurs mules portent bien trop de nourriture pour leurs 5 petits estomacs, nous nous sacrifions le midi pour finir leur "lunch box" jusqu'à la dernière miette…
Le lac pointe finalement le bout de son nez après 7 jours. Un petit village avec tea-tent, resto et Guest House nous attend. Nous y passerons la plus mauvaise nuit de tout le trek. La nuit à Korzok, les chiens sont rois et ils le font savoir : leurs hurlements dechirent le silence du coucher de soleil a l'aube...
Il nous reste 7 jours avant notre retour en France. Mais le mauvais temps a déposé une belle couche de neige fraîche sur les Mentoks qui restent dans la purée de poids toute la journée. La décision s'impose, il faut abandonner les ascensions. Que faire? Attendre 7 jours à Korzok pose un gros problème : nous n'avons pas des boules quiès pour tout le monde... Le retour à Leh est donc la meilleure solution. Fini les longs jours de marche, à nous les kms en VTT au départ de Leh, après avoir profité de la bonne bouffe pendant deux jours!
Bon courage pour la suite les p'tits Bazailles! Euh petite question : on peut revenir quand ??? Car c’était dur mais c’était magnifique et inoubliable!
Nico et Alexis
13 août 2008
Du haut des cimes
1er aout 2008. 5400m. 2h du mat. Nuit execrable. L'altitude ? Non, c'est nos jambes qui fretillent a l'idee de gravir notre plus haut sommet. Nous nous reveillons au camp de base avance du Kang Yatse, petit lit de rocailles sous l'immensite du ciel etoile. Astrid, force-toi a manger ce reste de pates froides trempees dans le lait en guise de petit dej' s'il te plait : on ne monte pas a 6200m le ventre vide ! Nous chaussons les crampons a 15 min de notre camp, pour ne plus les lacher avant le retour.
Si l'ascension du Stok Kangri (6100m) une semaine plus tot nous avait paru particulierement simple (pentes de neige, caillasses, pas de crevasse...), celle du Kang Yatse ne sera pas depourvue de quelques frayeurs pour le novice que je suis. Ma derniere experience montagne, c'est l'aiguille du Tour en 2006...
Ici, le glacier est raide. Il faut dire aussi que la nuit sans lune ne nous aide pas a tracer notre route convenablement. Nous franchissons quelques crevasses, Alexis y met un pied : "Tends la corde, Alex !". On reste calme et on obeit. C'est fou la serenite qu'on peut acquerir en montagne apres quelques mois de trek.
5h. Les premieres lueurs du jour, dans ce ciel sans nuages, nous offrent une vue superbe sur les sommets alentours. Nous nous amusons a deviner le chemin parcouru jusqu'ici, mais la brume obstrue une partie des deux mois de marche qui nous ont mene au Kang Yatse : c'est qu'on en a avales des kilometres depuis Dharamsala !!! La cordee gravit doucement le dome de neige qui mene au sommet. L'arrivee est 100m plus haut, non ? Fausse illusion, 100m plus haut j'ai la meme impression : fichu mirage de l'alpiniste.
Le sommet nous demandera encore quelques souffrances... Sur les pentes tres raides, chaque pas est vital pour la cordee. Un mauvais appui et tout le petit monde se retrouve dans les rochers qu'on distingue, 800m plus bas. Confiance obligatoire entre les compagnons de cordee. Je suis surpris de tenir aussi bien sur mes pointes, et que ces petits bouts de metal s'accrochent si fermement a la glace.
A l'approche de l'antecime, malgre notre acclimatation, on sent que l'oxygene se rarefie ; chaque geste demande un effort a notre corps. Ici, la pression est 55% plus faible qu'au niveau de la mer, c'est autant d'oxygene en moins. Nous atteignons l'antecime du Kang Yatse (6200m) a 7h, sous un soleil radieux. De la, nous voyons l'arete qui mene au vrai sommet, cotee AD (Assez Difficile), mais nous restons demunis face a lui, promettant de revenir mieux equipes dans quelques annees pour y monter. Ce n'est pas avec notre unique corde, nos quelques mousquetons, nos deux broches a glace et nos deux piolets pour quatre qu'on peut se faire 6h d'arete a 6000. On avait choisi de voyager leger (pas plus de 2kg de matos d'alpi par tete), on en subit pour une fois les consequences, non mecontents ceci dit d'avoir soulage nos maigres epaules ce dernier mois.
A la descente, beaucoup plus facile, je m'efforce de garder dans ma petite tete ces formidables instants : le partage de la cordee, la lenteur des pas qui marquent la glace, les paysages sublimes... On n'a pas tous les jours la chance de se faire un 6000. De retour a notre camp de base, on jete un coup d'oeil sur notre ascension : Kang Yatse, on reviendra !
Alex
(A venir un post d'Alexis et Nico d'ici quelques jours...)
02 août 2008
15 jours avec le Duo des Cimes, une expérience inoubliable !
Il ne nous a pas fallu beaucoup de temps pour nous apercevoir que c’est bien en short, avec un sac de plus de 15-20 kilos sur le dos et une carte à la main perché en haut d’un col que le duo est à son aise !
La ville, c’est juste pratique pour accueillir les petits et grands amis, pour se ravitailler, se reposer juste ce qu’il faut, réparer les chaussures, rassurer les parents, réparer le réchaud, préparer la prochaine étape et accessoirement tomber un peu malade…
Après quelques jours d’acclimatation à Leh (ville principale du Ladakh, doté d’un aéroport, à 3500m d’altitude), nous voilà donc tous dans le bus pour Lamayuru où nous débuterons notre trek : Astrid, Alex B, Nico, Alexis, Milind, Varun, Christelle et Alex M. (Beaucoup d’Alex, c’était très pratique pendant le trek ;-) Victor et Sybille devaient nous rejoindre au milieu du trek car Victor était malade. Six heures debout dans un bus plein à craquer, « bercés » par de la musique de Bollywood, les premiers contacts avec les Ladakhis, sont pour le moins chaleureux !
Astrid et Alex sont vraiment connus dans la région, puisqu’à peine arrivés à Lamayuru, une habitante les reconnait : ils avaient déjà dormi chez elle il y a 3 ans !
Et c’est donc parti pour huit jours de trek entre Lamayuru et Spitok (portion qu’Astrid et Alex avaient fait en bus pour nous rejoindre)
Nous vous proposons de vous décrire à quoi ressemble une journée classique de trek avec les Bazaille.
Le lever a lieu un peu après le soleil vers 6 heures. Alex B et Nico préparent le petit déjeuner pendant que les autres rangent les tentes. Au menu du porridge (pour le grand bonheur d’Alexis qui n’a jamais fini sa gamelle… mais je suis d’accord avec lui, c’est un peu hard dès le matin, le Nesquick nous a manqué…) suivi d’un Tchai pour rincer gamelle et gosier. Puis on fait la vaisselle, on plie les sacs et vers 8 heures on démarre. On est chaque jour plus efficace et on réussira à partir à 7h20 !
Ensuite, l’idée est d’en faire un maximum le matin. On ne s’arrête donc pas avant le col, même si des pauses régulières s’imposent pour attendre les derniers (à savoir nous). C’est l’occasion de dire qu’on n’est pas peu fiers d’avoir franchi 3 cols à 4600, 4800 et 5045 m d’altitude ! C’est pourtant la routine chez les Bazaille… Puis dans la descente, vers 13 heures, on guette le coin idéal (près d’une rivière et à l’ombre) pour faire la pause noodles (voir post d’Alex B).
On reprend ensuite la route dans la vallée pour arriver en milieu ou fin d’après-midi à notre camp de base idéal : aucun
touriste en vue (quelques chèvres ou yacks sont tolérés), une rivière bien claire si possible et un terrain plat (pas toujours facile en montagne). C’est l’heure de replanter la tente, de se « doucher » dans la rivière (à 5-10°, c’est difficile au début, mais on s’y fait) et d’y laver les fringues de la journée.
Après le diner, on se couche donc avec le soleil, vers 20h30.
Certains soirs on préfèrera dormir chez l’habitant pour profiter d’un gros plat de riz et lentilles !
Cette logistique est le prix à payer pour avoir la chance de voir le spectacle que nous offrent ces montagnes ! Les couleurs sont vraiment étonnantes. Des roches multicolores rouges, vertes, jaunes à pertes de vue, de la neige sur les hauts sommets et un « serpent vert » qui habite la vallée. Ce sont les champs de céréales dans les villages situés aux abords des rivières.
Nous avons du mal à imaginer comment les habitants de ces villages peuvent vivre à plusieurs jours de marche de la première route, sans électricité ni eau courante. Et en hiver, il paraît que tout est enneigé ! Pourtant ils ont l’air heureux. Ils ne demandent pas plus. Nous avons toujours été très bien accueillis dans les villages. Ils étaient contents de nous proposer un « lit » (un tapis par terre) et un repas. Le contact était rendu encore plus facile grâce à Alex B qui est bientôt bilingue en Hindi ! Jullay, Jullay !! (Avec ce seul mot on peut déjà tenir une longue conversation)
Astrid et Nicolas ont tenté la nuit à la belle étoile sur le toit d’une maison. Quels romantiques ! Jusqu’à ce qu’au réveil Nico s’aperçoive que toute la famille avait aussi dormi sur le toit !
Mais attention, pas question de passer pour des touristes naïfs. Les Bazaille veillent aux tarifs proposés par les habitants ! 200 Roupies (environ 3 euros) pour la nuit, diner et petit déjeuner compris, et pas plus ! La roupie est devenue la monnaie du duo.
Côté climat, c’est très variable. Tee-shirt pour la journée, coupe-vent aux cols et bonnet le soir (surtout lorsqu’on dort à plus 4000m). Il fait normalement très sec mais nous avons eu le droit à quelques averses sympas. Ce qui nous amène à l’anecdote de la tente des Indiens, peu adpatée pour la pluie. Une nuit de pluie leur aura donc été fatale, malgré des tentatives d’imperméabilisation en ajoutant les ponchos sur la tente. Il a donc plu dans leur tente.
Les chaussures de Milind ont ensuite rendu l’âme, le 3ème jour. Milind et Varun ont donc écourté le trek. Il faut dire que marcher avec les Bazaille, c’est pas facile. Ils ont beau avoir plusieurs semaines de marche dans les jambes, le rythme ne décélère pas ! Lorsque d’autres font des lacets pour se rendre au col, eux foncent tout droit ! Et s’il y a trop de randonneurs dans leur champ de vision, on change d’itinéraire et tente un autre col (inconnu de la carte). On a donc décidé de baptiser ce col « le Presque-Là » (parce que quand on pensait arriver, il fallait en fait aller plus loin et plus haut).
Nous sommes donc fiers de l’avoir fait et impressionnés de voir à quel point Astrid et Alex gèrent leur projet. C’est plutôt rassurant de les voir vivre cette aventure. On est heureux de les voir réaliser leur rêve. Ils semblent vraiment prêts physiquement et psychologiquement à surmonter toutes les situations. Ils savourent toutes leurs journées, s’extasient encore devant les beaux paysages et ne sont blasés de rien (même pas des noodles). Les accompagner sur un petit bout de chemin aura été une grande aventure pour nous. Nous avions découvert les joies de la montagne à Combloux, et maintenant nous voilà dans l’Himalaya, mais jusqu’où nous emmèneront-ils ?
Pour ceux qui s’inquièteraient (je pense à la mère de Nicolas), Alex B est vraiment le roi de l’orientation, donc aucun souci à se faire.
Christelle et Alex M
21 juillet 2008
Specialites culinaires...
"Tu sais ce qui me ferait le plus plaisir, moi ? Une grosse cote de boeuf a point, avec une sauce moutarde. Et en dessert, ca sera un tiramisu... et une barre de chocolat 70% !" Voila a quoi ressemblent nos discussions de soiree apres un mois et demi de trek... On parle bouffe !!! C'est pas qu'on n'aime pas le classique et unique plat ladakhi riz+dhal+chapatis, ni les noodles en sachet du midi, ni le porridge bien
compact du matin (quoique...), mais on ne cracherait pas sur un peu pus de variete !
C'est vrai qu'au depart, on n'avait pas prevu de se faire un voyage gastronomique... Le hasard nous a pourtant reserve de droles de surprises culinaires, plus ou moins bonnes. En voici quelques unes :
On aime, et on ne s'en lassera pas :
Au detour d'un petit chemin qui nous eloigne du parcours autoroutier de la Markha Valley (beaucoup trop de touristes la-dedans...), nous tombons sur une bergerie paumee dans la cambrousse. Accueil ladakhi oblige, on nous fait gouter le fromage frais au lait de yack, excellent melange a la tsampa (farine d'orge grille). Et le lait de yack seche au soleil, digne d'un fromage de nos montagnes !
A Sumda, un petit dej' atypique : si quelqu'un trouve plus nourrissant que la formule chapatis+beurre de cacahuete+confiture d'abricot maison...
A Chilling, on savoure les pains tibetains, si proches de nos bons pains blancs;
Un petit peu partout, nous allons a la recherche du lait de chevre ou de yack sorti du pis. Il parfume admirablement notre tchai maison et notre porridge !
A Leh bien sur (on n'est pas francais pour rien), nous redecouvrons les tablettes de chocolat, le from' et le sauciflard-bien-de-chez-nous, transmis par la famille !
On n'a pas aime, ou on n'a pas bien digere :
Le tchang (biere locale a base d'orge macere au soleil), beaucoup trop ecoeurant, qu'on veut nous faire boire a chaque village. Mon estomac en gardera surement des traces...
Le porridge du matin... mais on n'a pas le choix (soupirs..., hein Nico ?);
Les croquettes pour chiens. Pardon... les boulettes de soja. Tu prends de la Maggi soup, tu la cuis, et puis tu fais tremper des boules de soja-eponges infames. Tu vois ? La, tu manges. Pas bon ? Alors tu les donnes aux anes du groupe d'a cote. Allez... Mange petit ane, s'il te plait... Non ?
De retour sur Leh, on tente de se refaire une sante en prevision des ascensions futures (les prochaines vitamines et proteines sont dans un mois...). Pas de bol, les changements d'alimentation ne nous reussissent pas : les retours a la ville sont souvent une bonne occase pour la tourista de se manifester... Hier, reprenant le
flambeau de Victor, c'est Alexis qui est reste cloue au lit, aujourd'hui c'est mon tour !
Du coup, en attendant le depart demain avec Alexis et Nico, on met au point une technique de chasse pour attraper au moins une des nombreuses cailles dodues qui nous narguent tous les jours a cote du chemin... Si je t'attrape, je te mange (ca se cuisine a la tsampa, ca ?) !
(A venir un post de Christelle et Alex sur le trajet Lamayuru-Leh)















